la religion partie à la conquête du Brésil et de l’Amérique du Sud

Deuxième religion du Brésil derrière l’immense église catholique, le protestantisme s’est mué dans les dernières décennies en une croyance largement régie par les moyens audiovisuels que propose l’époque moderne. Inspirés principalement par ce qui se passe aux Etats Unis, les télé-évangélistes brésiliens gagnent de plus en plus de terrain par rapport à l’église traditionnelle, jugée trop absente des préoccupations des petites gens.

Si le catholicisme fait partie de l’ADN primitif du peuple brésilien, façonné dès le XVIe siècle par l’arrivée des colons portugais, le protestantisme est plus récent, mais il a peu à peu conquis droit de cité auprès d’une grande partie de la population. Il revendique actuellement près de 52 millions de fidèles, contre 130 millions pour le catholicisme (sur un peuple de 200 millions d’êtres, rappelons-le). Comme le catholicisme, le protestantisme fut « importé » de l’extérieur : par l’arrivée de marchand britanniques dès le XIXe siècle, et donc anglicans, puis par les luthériens allemands, et enfin les baptistes et méthodistes américains. Le début du XXe siècle voit l’arrivée du pentecôtisme, venu également des Etats Unis, qui se divise en de nombreux courants à partir des années cinquante, dont le néo-pentecôtisme qui s’adresse dès les années soixante-dix aux classes moyennes, et l’évangélisme qui va se servir sans modération des moyens technologiques actuels pour propager sa foi. Cette multiplicité des origines de la religion protestante au Brésil peut en partie expliquer celles des prédicateurs de tous genres sur la scène religieuse mais aussi politique brésilienne.

La religion protestante au Brésil

Occupation du terrain

En partie, car l’abondance des télé-évangélistes d’obédience pentecôtiste, ou néo-pentecôtiste, s’explique également par une certaine absence de l’église catholique sur le terrain social. Comme nous le savons, les catholiques sont immensément majoritaires au Brésil. Mais beaucoup d’entre eux, surtout les plus déshérités, se sont tournés dans les années récentes vers d’autres croyances au travers de l’image – trompeuse ou pas, cela dépend des avis – de ces pasteurs charismatiques prêchant dans la si fascinante télévision.

Dans les années de dictature, l’église catholique s’était rapprochée – au sens propre comme au sens figuré – des pauvres pour essayer de soulager leurs souffrances quotidiennes : insécurité, chômage, faillite de l’école publique, alcoolisme, ces fléaux touchant naturellement plus les favelas que les beaux quartiers devaient, selon des personnalités comme monseigneur Camara, être combattus avec la plus grande fermeté dans une solidarité approfondie. L’arrivée au Vatican de Jean-Paul II remit « un peu d’ordre dans la maison » : le vrai croyant devait s’en remettre uniquement à Dieu pour régler ses problèmes et accepter la notion de contrition et de pénitence. Un discours qui passait de plus en plus mal auprès des gens luttant, ni plus ni moins, pour leur survie. L’arrivée des beaux parleurs fit changer d’opinion de plus en plus de ces gens vivant dans la misère.

La force de l’écran cathodique

Tous les protestants brésiliens ne sont certes pas sensibles aux prêches télévisuels, on estime même que le nombre des protestants dit « traditionnels » est resté stable au fil des années récentes. Mais l’augmentation de 5 à 22% des églises pentecôtistes en 40 ans est un fait établi. Les télé-évangélistes ont vite compris à qui s’adresser : à ceux que l’église catholique délaissait dans leur désarroi. Les pauvres, les drogués, les alcooliques, les malades, principalement urbains, tous ceux qui ont besoin d’aide trouvent assistance dans l’église évangélique. Le pasteur, souvent auto-proclamé, apporte un discours concret loin des prêches arides et déconnectés de l’église traditionnelle. Il va soigner le fidèle grâce à la bible et à des ateliers éducatifs. Et gratuitement, ce qui n’est pas rien. En revanche, tous les fidèles enregistrés dans les églises évangéliques doivent verser 10% de leur salaire, le « dizimo », à leur pasteur. Certains sont ainsi devenus richissimes grâce à leur audience énorme.

Les évangélistes profitent des implantations nouvelles en milieu urbain pour se faire leur place au soleil. Dès qu’un quartier se crée en périphérie, une pharmacie et un temple apparaissent invariablement. Dans certains quartiers de São Paulo ou Rio de Janeiro, des cinémas ont carrément disparu pour laisser place à des temples fraîchement bâtis. A la base, le pasteur va tenter de séduire grâce à de la musique, guitare, clavier électrique et sono à l’appui. Le rite religieux devient ainsi spectacle et attire à lui les âmes perdues. Lorsque le prédicateur devient véritablement connu, il peut s’offrir les services des télévisions locales, voire nationales pour les plus célèbres. Les églises pentecôtistes contrôlent nombre de télévisions et radios.

Vers le pouvoir total ?

Il y a autant de temples évangéliques au Brésil que de publics disponibles. Tous ceux qui, en fait, considèrent que la société faillit à résoudre leurs problèmes par les voix sociales, économiques ou politiques, et qui se tourne en désespoir de cause vers le surnaturel incarné par ces nouveaux prédicateurs ultra médiatisés. Même les homosexuels, pourtant refoulés par nombre de prédicateurs, ont leurs temples, ou églises dites « inclusives ».

Grâce à leurs émissions à la télévision, l’influence des télé-évangélistes dépasse désormais le cadre strictement religieux : certains d’entre eux siègent à la chambre des députés. En 2014, ils étaient 80 représentants évangéliques élus au parlement ! Elus par des gens qui les sentent proches d’eux et qui préfèrent un candidat issu de leurs rangs, quitte à porter au pouvoir un quasi-inconnu. Lors des elections municipales brésiliennes de 2016, Marcelo Freixo, un candidat évangéliste à ainsi remporté la très convoité mairie de Rio de Janeiro. Cette notion de pouvoir toujours plus grandissant fait d’ailleurs dire à certains observateurs que, dans un futur proche, un évangéliste pourra être élu président de la république au Brésil. Pasteur, député, homme d’affaires influant – et célébrité controversée, Marco Feliciano estime pour sa part que « d’ici dix ans, il sera impossible de faire de la politique au Brésil sans s’allier avec les évangéliques ».

 

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