Le cinéma brésilien, Le cinéma contemporain.

Les nouveaux visionnaires

Balloté par les incessantes vagues des changements politiques et économiques, le cinéma brésilien n’en finit pas de frôler la noyade tout au long de son existence pour finalement être à chaque fois sauvé in-extremis. Le dernier sauvetage en date pourrait le lancer définitivement sur les rails de la reconnaissance internationale.

 Un vrai cinéma de qualité

Dictature ou démocratie, junte militaire ou république, aucun de ces mouvements ne semble influer véritablement sur la réalité d’un cinéma qui évolue plus à la faveur de lois ou prises de position ponctuelles. La faiblesse intrinsèque de son potentiel créatif le place en outre en position réellement délicate face à l’invasion des blockbusters américains qui inondent le monde de leur vision simpliste et agressive de l’existence.

Cette faiblesse semble pourtant s’effacer depuis une quinzaine d’années, grâce à l’arrivée sur la scène internationale de réalisateurs brésiliens visionnaires parlant des problèmes de leur pays sans être pour autant arides, et produisant de fait des œuvres fortes et bien construites. Grâce leur en soit rendue car au sortir de la dictature, rien n’était gagné et tout fut à deux doigts d’être perdu.

Coup de balai

La dictature militaire prit fin en 1985 avec l’élection du président José Sarney. Mais les premières élections libres n’eurent vraiment lieu qu’en 1990 et elles portèrent au pouvoir le très libéral Fernando Collor. Dans l’optique d’un redressement économique d’un pays miné par la corruption et l’incurie économique et politique, celui-ci appliqua la diète sévère qu’il avait promise. Son cortège de restrictions budgétaires strictes toucha de plein fouet une industrie cinématographique brésilienne déjà très affaiblie.

Finies les institutions destinées à favoriser la production de films, dont la fameuse Embrafilme créée par la junte militaire, abrogées les lois censées réguler le marché et encourager la production nationale, monsieur Collor est décidé à appliquer les règles libérales propagées par madame Thatcher et monsieur Reagan, considérant notamment que le cinéma doit être entièrement géré par des entreprises privées. Le résultat ne se fait pas attendre : plus aucun film brésilien n’est produit, à la seule exception de A Grande Arte en 1992, de Walter Salles (et encore, le film n’est proposé qu’en langue anglaise). 1992, c’est aussi l’année de la destitution du président Collor pour trafic d’influence et la nomination de Itamar Franco à sa place.

La belle équipe

L’industrie cinématographique brésilienne va mettre une dizaine d’années à se relever de ce coup de balai désastreux. Petit à petit, de nouvelles structures sont mises en place pour à nouveau soutenir et favoriser l’éclosion du cinéma : le Secrétariat pour le Développement Audiovisuel, qui libère des fonds pour la production de films, ou sur la Loi de l’audiovisuel qui entrera en vigueur sous le gouvernement de Fernando Cardoso.

Une fiscalité plus favorable et la création en 1997 d’une société de production, « Globo Filmes », vont progressivement amener à une renaissance de la création et de la production cinématographique.

Le premier signal encourageant arrive en 1998 avec la sortie de Central do Brasil, de Walter Salles, récompensé dans de multiples festivals internationaux et auréolé du prestigieux Ours d’Or de Berlin la même année.

S’inscrivant dans la lignée des réalisateurs du Cinema Novo, Salles propose sa vision réaliste et crue des problèmes de la société brésilienne, et surtout des petites gens. Il devient ainsi un des fers de lance du cinéma contemporain brésilien et obtiendra un autre grand succès international en 2003 avec Carnets de voyage, road-movie sur le voyage en moto en 1953 du jeune Che Guevara et un de ses amis partis à la découverte de l’Amérique du Sud.

Les années deux mille marquent véritablement la résurrection du cinéma brésilien avec en premier lieu le choc La cité de Dieu (Cidade de Deus) de Fernando Meirelles et Katia Lung. Sorti en 2002, ce film extrêmement dur, mais superbement réalisé, dévoile au monde entier la sordide réalité des gangs d’enfants dans les favelas de Rio dans les années soixante-dix. Multi récompensé, l’œuvre est nommée aux Oscars ! Juste revanche pour un cinéma trop souvent étouffé par le géant hollywoodien. Ce thème de la dénonciation de l’ultra-violence dans les quartiers pauvres des grandes mégalopoles brésilienne sera repris en 2007 par José Padilha avec Troupe d’élite (tropa de elite), à la différence près que le réalisateur s’attache ici à décrire les rudes conditions de travail de la police, entre danger imminent des gangs surarmés et corruption endémique dans tous les rouages de l’administration.

Les chiffres et statistiques du cinéma brésilien à la fin des années deux mille montrent clairement une embellie au niveau de la production de films et de la fréquentation des salles. En dix ans, le nombre des spectateurs a été multiplié par trois et de nouveaux réalisateurs apparaissent régulièrement, comme Daniel Filho dont son film, Se Eu Fosse Você 2 en 2009, constitue le plus gros succès national pour un film brésilien avec plus d’un million d’entrées. Et tout récemment, le film Aquarius de Kleber Mendonça Filho a cartonné non seulement à Cannes, mais aussi dans son pays d’origine où l’accueil chaleureux a dépassé les simples frontières cinématographiques.

Militant, engagé, revendicatif, le cinéma brésilien se distingue malgré tout de certains brûlots sociologiques ennuyeux et rébarbatifs par une maîtrise affirmée de la mise en scène et de la narration, avec toujours de beaux moments lumineux même si le sujet évoqué reste noir et parfois sans espoir. Le malade est néanmoins en convalescence, mais il se porte bien et peut espérer une rémission définitive… si tout est fait pour le laisser guérir. Son succès tout frais est là pour en témoigner.

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